Sur la rive gauche de la Vienne, entre Anché et Sazilly, au sommet d’une pente douce et adossé au coteau, le château des Brétignolles se détache sur un fond de verdure.

La construction du domaine est l’œuvre de plusieurs campagnes.

Tout d’abord, le château composé d’un logis principal rectangulaire et d’une tour d’escalier hexagonale est construit durant le troisième quart du XVe siècle par Jean Bernard.

Ce château du troisième quart du XVe siècle, est le témoignage du re-nouveau architectural suite à la fin de la guerre de Cent Ans. L’équilibre économique et la prospérité sont retrouvés et de nombreuses constructions « civiles », caractérisées par des lignes droites, et une certaine retenue dans les ornementations, émergent – dont le château des Brétignolles.

Ici, l’édifice présente une recherche d’effets verticaux, notamment avec la tour d’escalier, qui à l’époque était prolongée par une tourelle en échauguette (aujourd’hui détruite), signifiant l’entrée de la demeure et le « rang » du maître des lieux. Ensuite, l’utilisation d’un bel appareil de tuffeau participe grandement à la qualité de la construction. Et à cela s’ajoute de discrets décors, notamment au niveau de la porte avec les pinacles et un galbe en accolade orné de choux frisés et aussi au niveau des encadrements des baies avec des culots sculptés.

Puis, entre la fin du XVe et le début du XVIe siècle, Antoine Bernard, descendant de Jean, ajouta les tours ouest et le pavillon à la demeure.

Pour leurs parts, les tours présentent un fort pouvoir symbolique, et rappellent fièrement le pouvoir et le rang du seigneur des lieux. Quant au pavillon, il ajoute une certaine forme de confort.

Enfin, le petit pavillon annexe sur la façade sud du logis central est ajouté entre le XVIIe et XVIIe siècle – et jusqu’à nos jours, aucune modification majeure supplémentaire n’eut lieu.

Château des Brétignolles
Château des Brétignolles

La chapelle est érigée durant la dernière ou les deux dernières décennies du XVe siècle par Jean Bernard ou Antoine Bernard.

De la même manière que le château, elle est bâtie dans un bel appareil de tuffeau et adopte un style relativement épurée.

A l’extérieur, la porte est encadrée de deux piédroits ornés et prolongés par des pinacles effilés – marquant l’évolution des ornementations à partir des années 1480 (en comparaison aux décors encadrant la porte du château).

A l’intérieur, la nef est à deux travées terminée par une abside à trois pans à l’est. Les voûtes de la chapelle sont ornées des armoiries des Bernard avec quatre rocs d’échiquier et au centre une fleur de lys d’or, de Guy Bernard (évêque, duc de Langres et premier chancelier de l’Ordre de Saint-Michel – ces armoiries illustrantes ici la réussite du clan Bernard)

Les écuries datent de 1732 pour la partie principale et sont érigées par Michel-Etienne Turgot. La façade principale est symétrique avec deux grands portails et sept lucarnes alternées aux frontons triangulaires et courbes.

En 1830, la famille de Pierres agrandit ce bâtiment en y ajoutant deux ailes en retour d’équerre et donnant un plan final en forme de « U ». Ces deux nouvelles ailes sont destinées à la remise et aux logements pour les employés du domaine.

Les communs en 2020
La façade principale de 1732 des dépendances

Derrière le château, de nombreuses caves sont creusées dans le coteau. Ces derrières ont été creusées dans le tuffeau lors de la construction du château (extraction de pierres) et servirent à l’époque de dépendances, mais aussi de tunnels souterrains pour rejoindre d’autres châteaux aux alentours…

A l’époque, certains de ces souterrains rejoignaient le château du Rivau à 3 kilomètres, et d’après des rumeurs, d’autres rejoignaient même Chinon, qui est à plus de 8 kilomètres! Il y aurait ainsi tous un système de galeries souterraines. Malheureusement, au cours des siècles, tous ces tunnels ont été oubliés et se sont totalement effondrés…

D’autres qui étaient des dépendances, ont eues pour rôle accueillir le chai, le pressoir à vin, le four à pain…

Aujourd’hui, dans les caves qui subsistent, il y a encore la cave voutée du four à pain avec son four de plus de 3 mètres de diamètre et l’ancien pressoir dit « casse-coué ».

Depuis peu, le four est remis en service certains week-ends d’été et lors de manifestations afin de mettre en avant le patrimoine historique et culturel qu’il représente mais aussi pour faire cuire des fouées ou du pain.

Les fouées? Une tradition gastronomique locale.

Autrefois en Touraine, chaque semaine quand on faisait cuire le pain, on préparait en même temps des fouées. Avec les restes de pâte à pain, on confectionnait des petites boules, qu’on aplatissait avec la paume de la main, et les jetaient dans le four, afin de vérifier la température du four pour enfourner les pains.

Quand la pâte ne levait pas, le four été trop froid.
Quand la pâte levait, le four été chaud et à bonne température pour enfourner les pains.
Quand la pâte brulait, le four été trop chaud.

La fouée se forme alors en petit pain blanc très léger, et est un délice à déguster encore chaude directement à la sortie du four. Traditionnellement les fouées sont garnies de rillettes, de rillauds (morceau de poitrine de porc confite), de champignons, de mogettes (haricots blancs) ou de beurre…

Vestige défensif (?), antérieur au 14ème siècle, cette tour médiévale appartenait probablement à un ensemble de fortifications pour un château antérieur ou il s’agit peut-être d’un poste de garde…

Elle est équipée de meurtrières et de canonnières, et épaulée par des contreforts.

Au cours des siècles, la tour a été transformée en colombier, comme on peut le voir avec les trous de boulin (environ 250) dans la partie interne supérieure du bâtiment.

Pour le château et la chapelle – source: Le château des Brétignolles et sa chapelle à Anché: lecture archéologique des élévations et analyse architecturale – J. NOBLET, novembre 2020